Journée Consommation et Histoire

Université de Reims Champagne-Ardenne

Appel à communications

« L’histoire de la consommation n’est pas anecdotique » affirme Jean-Claude Daumas (2018, p.7) en introduction de son dernier ouvrage, La révolution matérielle. Une histoire de la consommation, France XIXe-XXIe siècle. C’est même le prisme par lequel la plupart des activités humaines fondamentales – se loger, se nourrir, s’occuper, se distraire – révèlent la nature et l’état de développement d’une société. Et tandis que les approches gestionnaires font du présent et de l’avenir, notamment économique, leur principal souci, l’histoire de la consommation se présente tout à la fois comme un analyseur de la culture matérielle qui nous environne et un révélateur des représentations qui la façonnent et la transforment. Faire l’histoire de la consommation, c’est donc reconstituer la généalogie des formes de production, de distribution et d’usage d’une infinité d’objets et de dispositifs marchands, articuler les processus qui les lient à des pratiques, des significations et des acteurs multiples et démêler l’enchevêtrement complexe d’évènements et d’espaces par et sur lesquels ils se sont déployés (Chessel, 2012a ; Daumas, 2012, 2018 ; Fontaine, 2014). Si les sciences de gestion et le marketing, deux disciplines nouées aux fils de la production matérielle et symbolique qu’elles participent à construire, ambitionnent de conjecturer sur le futur des marchés, nous pensons que c’est par les approches historiques de la consommation qu’elles peuvent gagner en compréhension rétrospective des faits auxquels elles participent et des ressorts de leur propre action sur le monde. 

La Journée « Consommation et Histoire » vise à rendre plus lisibles notre compréhension de la consommation et ses trajectoires de changement. Elle accueille des contributions empiriques susceptibles d’enrichir une large variété d’objets et de thématiques précédemment défrichées dont la liste, non exhaustive, comprend :

. des secteurs d’activité tels que la grande distribution (Woronoff, 2015) ou le luxe (Briot, 2011)

. des dispositifs tels que la publicité (Chessel, 1998), le crédit à la consommation (Gelpi et Julien-Labruyère, 1994), le marketing (Cochoy, 1999), les études de motivation (Schwarzkopf, 2010) ou les médias (Gaillard, 2012) quifaçonnent la compréhension des consommateurs, la définition de l’offre, les modalités d’accès aux biens et la construction du goût

. des acteurs – organisations marchandes emblématiques d’une certaine vision technique ou sociale de leur environnement et organisations non marchandes (associations de consommateurs, pouvoirs publics, ONG) œuvrant à la définition, à la transformation et à la régulation marchande (Chessel, 2012b).

. des objets comme l’automobile (Loubet, 2001), la machine à laver (Delaunay, 1994) ou le vêtement (Roche, 1989)

. des problèmes sociaux dérivés de la consommation comme les déchets (De Silguy, 2009), la pauvreté (Geremek, 1978 ; Gueslin, 2004 ; Gorge, 2014) ou l’hygiène (Vigarello, 1985) pour n’en citer que quelques-uns.

. des évolutions institutionnelles, politiques, économiques et sociales façonnant la société de consommation (Ago, 2006 ; Braudel, 1979 ; Bucheli et Washwani, 2014 ; Cohen, 2004 ; McKendrick, Brewer et Plumb, 1982 ; Williams, 1991).

Les propositions peuvent également inclure des réflexions conceptuelles sur ce que l’histoire peut apporter au marketing contemporain, mais aussi sur la manière dont les marketers peuvent et doivent intégrer l’histoire – jusqu’où, comment et avec quelles méthodes adaptées de celles des historiens – dans des approches principalement centrées sur l’exploration ou l’explication du présent (Cailluet, Lemarchand et Chessel, 2013 ; Karababa et Ger, 2005 ; Smith et Lux, 1993).

Cette journée, organisée sous l’égide du réseau Alcor-GIT afm (Alternative Consumption Research) se veut un temps d’échanges entre historiens, marketers, mais aussi sociologues, anthropologues ou géographes intéressé·e·s par des perspectives historiques sur la consommation. Selon leur positionnement, les propositions de communication pourront être soumises à l’issue de cette journée aux revues Carnets de la Consommation, Décisions Marketing, Entreprises et histoire et Recherche et Applications en Marketing.


Soumission des propositions de communication

Les propositions de communication doivent être envoyées pour le 1er mars 2019 au plus tard à consoethistoire@gmail.com sous la forme d’un document word (.doc, .docx) comprenant :

– une page de garde (nom, prénom, adresse courriel et adresse postale, institution de rattachement, de chaque auteur ; le nom de l’auteur « contact », le titre de la proposition de communication, un résumé de 200 mots en français et en anglais) ;

– la proposition de 2 à 3 pages maximum (3 000 mots), bibliographie comprise

Calendrier

  • Envoi des propositions : 1er mars 2019
  • Sélection et réponses aux auteurs : 15 mars 2019
  • Réception du papier final (20 pages maximum, Times New Roman, interligne 1,5, hors bibliographie) : 1er juin 2019

Le programme prévisionnel de la journée sera mis en ligne sur le site internet d’Alcor : http://alcor-institute.com/

Les inscriptions à la journée sont de 30 euros pour les doctorants et 50 euros pour les chercheurs. Elles s’effectuent à l’adresse du colloque : consoethistoire@gmail.com

Références

Ago R. (2006), Il gusto delle cose. Una storia degli oggetti nella Roma del Seicento, Donzelli Editore.

Braudel F. (1979), Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin.

Briot E. (2011), From Industry to Luxury: French Perfume in the Nineteenth Century, The Business History Review, 85 (2), 273-294.

Bucheli M. et Washwani R.D. (eds) (2014), Organizations in time: history, theory, methods, Oxford, Oxford University Press.


Cailluet L., Lemarchand Y. et Chessel M.-E. (2013), Histoire et sciences de gestion, Paris, Vuibert.

Chessel M.-E. (1998), La Publicité. Naissance d’une profession (1900-1939), Paris, CNRS Éditions.

Chessel M.-E. (2012a), Histoire de la consommation, Paris,La Découverte, Collection « Repères ».

Chessel M.-E. (2012b), Consommateurs engagés à la Belle Epoque. La Ligue sociale d’acheteurs, Paris, Presses de Sciences Po.

Cochoy F. (1999), Une histoire du marketing, Discipliner l’économie de marché, Paris, La Découverte.

Cohen L. (2004), A consumers’ republic: the politics of mass consumption in postwar America, New York, Vintage books.

Daumas J.-C. (2012), L’histoire économique en mouvement, entre héritages et renouvellements, Lille, Editions du Septentrion.

Daumas J.-C. (2018), La révolution matérielle. Une histoire de la consommation, France XIXe-XXIe siècle, Paris, Flammarion.

Fontaine L. (2014), Le marché. Histoire et usages d’une conquête sociale, Paris, Gallimard,

Gaillard I. (2012), La télévision. Histoire d’un objet de consommation, 1945-1985, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques/Institut national de l’audiovisuel, coll. CTHS Histoire.

Gelpi R.-M. et Julien-Labruyère F. (1994), Une histoire du crédit à la consommation. Doctrines et pratiques, Paris, La Découverte, Collection TAP/Economie.

Geremek B. (1978), La Potence ou la Pitié : L’Europe et les Pauvres du Moyen Âge à nos jours, Paris, Gallimard.

Gorge H. (2014), Appartenir à la société de consommation en étant travailleur pauvre : une approche socio-historique de la construction de la figure du consommateur pauvre, Thèse en Sciences de gestion, Université de Lille 2.

Gueslin A. (2004), Les gens de rien : une histoire de la grande pauvreté dans la France du XXe siècle, Paris, Fayard.

Delaunay Q. (1994), Histoire de la machine à laver. Un objet technique dans la société française, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

Karababa E. et Ger G. (2005), An alternative historical method for marketing research: A Foucaultian approach, The Future of Marketing’s Past – Proceedings of the 12th Conference on Historical Analysis and Research in Marketing (CHARM), Long Beach, CA, United States, 345-347.

Loubet J.-L. (2001), Histoire de l’automobile française, Paris, Seuil.

McKendrick N., Brewer J. et Plumb J-H. (1982), The birth of a consumer society: commercialization of eighteenth century England, London, HarperCollins Publishers.

Roche D. (1989), La Culture des apparences. Une histoire du vêtement XVIIe -XVIIIe siècle, Paris, Fayard.

Schwarzkopf S. (2010), Ernest Dichter and Motivation Research: New Perspectives on the Making of Post-War Consumer Culture, New York, Palgrave MacMillan.

de Silguy C. (2009), Histoire des hommes et de leurs ordures, Paris, Editions du Cherche Midi.

Smith R.A. et Lux D.S. (1993), Historical method in consumer research: developing causal explanations of change, Journal of Consumer Research, 19 (4), 595-610.

Vigarello G. (1985), Le Propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil.

Williams R.H. (1991), Dream worlds: mass consumption in late nineteenth-century France, Berkeley, University of California Press.

Woronoff D. (2015), Histoire de l’emballage en France, du XVIIIe siècle à nos jours, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes.